Rêve d’un souffle

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Le vent emporte ses pensées.
Elle les regarde prendre de la distance,
Qu’elles volent et la laissent libre de respirer.
Ses pieds se dressent sur leurs pointes tandis que ses bras s’écartent avec grâce, comme une danseuse sortie tout droit d’une boîte à musique.
Le vent souffle un peu plus fort, découvrant ses jolies jambes arabesques.
Si le soleil pouvait lui tendre un rayon, elle le prendrait comme cavalier ; mais il se cache derrière les nuages. Quant à la lune, elle n’est pas assez éveillée pour lui offrir un croissant de lumière.
Alors elle poursuit son ballet sans se soucier des passants.
Le temps dessine pour elle des histoires qu’elle grave dans sa mémoire.
Passé, présent et futur se confondent.
Elle ne vit plus que pour l’instant, et son cœur s’allège de toutes les peines.
Le vent tournoie autour d’elle.
Il enroule dans ses cheveux des étoiles d’or et d’argent.
Et l’entraîne au firmament de ses rêves.
Sous la caresse de la brise, elle ouvre les yeux.
Devant elle, la Seine suit son cours.
Durant quelques minutes elle s’est perdue dans des songes éoliens.
De l’autre côté du pont le vent s’incline et tire sa révérence.

 

Sans but…

Lumière du soir

Et si aujourd’hui on s’en allait faire un petit tour, quelque part, sans but précis, juste pour le plaisir de marcher, de sentir, d’oublier, de ne penser à rien…
Je regarde la lumière. Elle est douce et inonde la nature, seulement freinée par des arbres feuillus qui accaparent l’ombre où l’on aime à se glisser lorsque l’été s’enflamme.
Mes pas m’entraînent au hasard et mes pensées s’inquiètent soudain de ce vide que tu laisses. La vie s’écoule dans ce temps rapide ou lent en fonction des jours, en fonction de notre attente. Je progresse pourtant, libre de ce temps que je prends.
À quel moment sait-on que l’on n’aura plus jamais mal ? Quel degré de sagesse faut-il atteindre pour cela ?
Promenade anodine qui mène pourtant vers des lieux incertains où je me perds, peut-être pour mieux appréhender les choses.
Le ciel m’apparaît soudain dans toute sa générosité, bleu, étincelant de soleil, et je me souviens, c’est pour cela qu’aujourd’hui j’ai décidé cette balade impromptue, pour ce qu’il offrait à cette journée, une invitation à prendre le large dans une mer sans eau.
Je fais demi-tour, remets mes pas dans l’envers du commencement. Vu de ce côté le décor n’est plus tout à fait le même.
J’abandonne le ciel occupé à décliner le jour en courants descendants, tandis que je remonte vers la réalité…

Le matin

Bord de fenêtre en noir et blanc

J’aime ce temps langoureux qui s’étire sans que je ne fasse rien d’autre que penser et regarder, m’emplir de la vie qui caresse ma fenêtre… Un coin d’arbre, de ciel, de mur, de voitures garées. Si le vent doucereux ne venait pas jouer les entremetteurs je pourrais penser que derrière les voilages légers se dessine une carte postale grandeur nature.
La vie frémit pourtant. Elle s’éveille comme chaque jour aux matins rengaines… Rengaine ? Vraiment ? Pas tant que cela… Le ciel n’est jamais le même, il aime se montrer sous des tons différents, un tantinet coquet ce ciel ! Le vent se décline dans des sens contraires et attire l’attention sur une feuille que l’on n’avait pas remarquée. Certaines s’entrechoquent et font connaissance. Le voisin est parti ; la voiture n’est plus là mais son emplacement l’attend, tranquille…
J’aime les matins qui démarrent la journée, qui rassurent l’existence de faits similaires mais de détails différents.
La fenêtre du bureau m’attend tous les matins, semblable. C’est mon regard qui transforme les lieux en fonction de mon humeur du jour…

Voyage…

Course des nuages

Les nuages en superposition naviguent en rang serré.
Ils évoluent avec lenteur.
Envie de leur douceur ouatée comme oreiller,
Pour embellir les rêves.

Entre blancs et gris les nuages voilent le ciel par intermittence.
Peut-être te rejoignent-ils ?
Ils s’accrochent aux avions.
J’aimerais y déposer un message.

Ciel sans nuage, bleu limpide, infini.
Accrocher le regard.
Embarquer cette couleur-là et la déposer sur les toits du monde.
Pour voir la mer à perte de vue.

Terminus du train, tout le monde descend !
Un dernier clin d’œil à mes compagnons de voyage.
Je sais que d’autres que moi leur livreront leurs secrets…

Caprice de mots…

Viaduc des Arts1Les mots lui échappaient. Elle avait beau les chercher partout, elle ne les trouvait pas.
Ils étaient devenus fades, transparents, plats…
Elle n’arrivait plus à les enrober et finissait par avoir peur d’eux.
Pourquoi lui jouaient-ils ce mauvais tour alors que sa vie durant ils s’étaient accrochés à elle comme un amoureux éperdu.
Elle referma ses cahiers, posa ses stylos.
Elle comprit alors qu’elle devait se détourner d’eux, leur faire croire qu’elle n’en voulait plus ; ainsi ils la rattraperaient peut-être…
Elle le souhaitait très fort, car elle, sans eux, était aphone de sa vie.
Elle ouvrit un dictionnaire et les contempla un à un, mais ils restaient muets.
Ils ne vivaient plus, demeuraient à la place qu’on leur avait attribuée.
Elle se sentait de plus en plus mal.
Pourquoi ne la transperçaient-ils plus, pourquoi ne la réveillaient-ils plus la nuit, pourquoi ne l’embêtaient-ils plus la journée ?
Alors elle les abandonna et partit…
Longtemps elle marcha, sur des routes, des sentiers, des chemins, dans des paysages parfois beaux, parfois laids, parfois quelconques.
Elle traversa les saisons.
Elle pleura beaucoup, sourit souvent, éclata de rire parfois…
Elle se laissa aller, vida sa tête, s’abreuva de sensations.
Et un jour elle osa reprendre un stylo… Sa main frémit, son bras, son corps, ses sens ; et là elle sut qu’ils lui accordaient à nouveau leur confiance.
Elle les remercia et se pencha sur la feuille blanche.

L’instant

Contraste 1

Garder l’instant,
le retenir le plus possible.
L’empêcher de se sauver.
Le savourer, seconde après seconde.
L’étirer pour le prolonger encore un peu.
Fermer les yeux pour le transformer en parfum.
Entre vision et odeur, créer un souvenir.
Bientôt il s’échappera malgré mes efforts pour l’emprisonner.
Et j’ai beau recourir à des stratagèmes, il se dissout peu à peu.
Même mes larmes ne le retiennent pas.
Il était l’instant et se conjugue déjà au passé.
Je me retourne et lui souris.
Finalement j’ai su le cueillir au bon moment,
et maintenant, il est en moi,
pour toujours…

Solitude

Nuages au dessus de la montagneEncerclée d’immeubles, le ciel à profusion au-dessus de ma tête à me demander qui des hauts bâtiments ou du ciel cherche à rejoindre l’autre, l’envie de tourner, tourner, me prend.

Soûle du vent sur ma peau, je ne suis plus qu’un balbutiement et étire mon regard vers les oiseaux qui claquent leurs ailes dans ce matin frileux.

J’ai le cœur à l’envers, peur de te perdre, peur que tu ne me voies plus,
alors je tourne dans cette spirale infernale pour que tu viennes me chercher.

Suis-je dans un rêve ou dans la réalité ? Je ne m’appartiens plus, j’ai perdu mes repères.
Je t’appelle mais seul l’écho de ma voix me revient comme un boomerang et me laisse plus lamentable.

Tu n’es plus là…
Le désespoir s’ancre en moi et me plombe au fond de l’insupportable.
Des bulles évanescentes s’échappent encore de ma bouche en SOS.

Des cris perçants fendent un brouillard.
Peu à peu je m’éveille, le souffle court, la respiration saccadée.
Je tends la main, la place encore tiède me ramène sur terre.