Un matin ordinaire…

Ce matin-là j’ai eu envie d’être jolie, ou plutôt de me sentir vivante. Alors, j’ai ourlé mes cils de rimmel plus qu’à l’accoutumée, j’ai apposé une touche de blush sur mes joues pour illuminer mon visage, j’ai appliqué du rouge à lèvres pour donner à mon sourire un éclat rassurant, j’ai accentué le fard sur mes paupières pour rendre mon regard plus profond… Je sentais que tu me quittais et je voulais donner à ces gestes quotidiens une ampleur différente. Bientôt nous allions nous retrouver pour un café où je savais croiser ton regard déjà si loin de moi… À chacun de nos derniers rendez-vous ton intérêt feint avait été la plus douloureuse des condamnations. Je te perdais, je le lisais dans tes yeux absents et dans tes silences gênés.
Ce matin-là j’avais décidé que ce serait notre dernier matin. Je savais que je prendrais la décision pour nous, car c’était ce que tu attendais de moi. Je devais être habile, te laisser croire que c’était moi qui mettais un terme à notre histoire. Je devais être forte pour nous deux, pour te permettre d’avancer vers ta nouvelle vie, vers celle qui t’attendait, qui t’espérait depuis déjà de longs jours. J’ai pris mon plus beau sourire… Je t’ai rendu ta liberté, et le bonheur affiché soudain sur tes traits et que tu avais caché au creux de ton cœur, a été le plus terrible des aveux. J’avais la conviction maintenant que tu en aimais une autre et te retenir ne servait plus à rien. On ne se bat pas contre l’impossible…
J’avais eu le courage de me voiler derrière un maquillage appuyé pour cacher ma peine… Il y a des souffrances personnelles et intimes qui ne se partagent pas…

Dans ce petit matin ordinaire, j’ai marché longtemps dans les rues. Il y avait un léger soleil, juste ce qu’il fallait pour ne pas sombrer trop profondément, et j’ai compris qu’il y aurait d’autres matins ordinaires…

Vivre en bord de mer…

MLB

Vivre en bord de mer, c’est entendre les mouettes et les goélands,
Apprendre leur différence.
Bec rouge, bec jaune,
Reconnaître leurs chants, yeux fermés.
Et se laisser transporter…
Vivre en bord de mer, c’est écouter la musique du vent dans les mâts des voiliers en longeant le port. Les bateaux, de guingois, semblent battre la mesure. Toutes voiles baissées, ils ressemblent à des musiciens en mal de chef d’orchestre.
Vivre en bord de mer, c’est respirer, respirer… Un mélange d’odeurs qui s’entremêle et qui raconte des histoires venant du large.
Vivre en bord de mer, c’est contempler l’horizon qui barre d’un trait net le paysage, si parfait les jours de beau temps.
Vivre en bord de mer, c’est regarder le ciel se refléter dans l’océan et constater à quel point l’un et l’autre savent accorder leurs humeurs.
Vivre en bord de mer, c’est renouer avec cette part d’enfance abandonnée trop tôt, en se glissant dans les empreintes déposées sur le sable mouillé…

Dans le vent

J’ai marché dans le vent pour que mon cœur s’envole
Et te rejoigne,
Là où tu es…
Je t’attends où tu n’es pas,
Pour ressentir le manque
Pour que l’amour que je te porte meurtrisse ma chair
Par l’absence de tes caresses.
À l’intérieur de moi, parfois, ce vide insondable
D’où je t’appelle,
J’entends alors l’écho de ton silence.
Certains soirs où la lune s’écrase sur l’horizon
Et sublime la nuit, je nous imagine blottis sous ses rondeurs,
À nous aimer, indéfiniment.
J’ai marché dans le vent pour que mes pas me conduisent vers toi,
Et que nos pensées s’entrelacent,
Là où tu es…

Pétales…

Texte court 20

Jours perdus où je me noie dans tes silences
Jours incertains où je me cherche dans ton regard
Le temps s’écoule de mille battements
Embarquement immédiat pour une destination inconnue : l’oubli.
Nuits imaginaires où je me perds dans tes bras
Nuits profondes où je m’enlise dans ton souvenir.
Les saisons servent à donner des repères
Le printemps dernier je t’ai rencontré
L’été dernier je t’ai aimé
L’automne dernier j’ai appris tes absences
L’hiver dernier j’ai erré comme une âme en peine
C’était il y a un an, deux ans, peut-être trois… je ne sais plus.
Je voyage à l’aveuglette pour t’oublier
Pourtant tu es là…
Je compte les jours, les semaines, les mois, les années : une vie n’est finalement qu’une succession de dates et de chiffres qui s’additionnent.
Au printemps prochain je cueillerai les premières marguerites et je jouerai à : « je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ».
On finit toujours par guérir de ses blessures…
Demain sera mon futur et toi un songe lointain.

En vivant…

Texte court 19

En vivant dans tes absences
Je renoue avec mon être profond
Je cherche, tel l’explorateur,
Une terre d’accueil
Pour y déposer mes tourments
Et regarder par-dessus ton épaule.

En vivant dans tes silences
J’apprends à écouter
J’avance, tel le funambule,
Sur une corde sensible
Qui nous lie l’un à l’autre
Et nous rattrape lorsque nous perdons pied.

En vivant dans ton manque
Je me construis
Je tisse, telle l’araignée,
Des fils de protection
Qui rident le temps
Et apaisent les cœurs…

Sur tes pas…

Texte court sur tes pas

J’ai pris la route…
Je voulais te retrouver.
J’ai traversé les saisons…
Comme le vent, j’ai caressé les blés,
Senti les odeurs naissantes.
J’ai nagé dans des mers
Et j’ai nagé dans des lacs,
J’ai ramassé les feuilles,
Et j’ai coloré la vie.
J’ai regardé la neige tomber,
Tes pas n’avaient pas laissé d’empreintes.
Longtemps, j’ai marché,
En semant des fleurs sur ma route
Dans le secret espoir, que tel le petit Poucet,
Tu te souviendrais de ta maison.
Je me suis abreuvée à la rosée du matin,
Et je me suis reposée pour reprendre des forces.
J’ai traversé des paysages sans couleurs,
Mais ton ombre n’y était pas.
J’ai volé au-dessus des nuages,
J’ai traversé des pays,
J’ai parcouru des plaines,
J’ai traversé des rivières,
J’ai escaladé des montagnes,
J’ai franchi des ponts,
J’ai navigué sur des océans,
J’ai vu des lieux à la beauté saisissante,
J’ai visité des cités riches de culture,
Peut-être y étais-tu passé ?
Partout, je t’ai cherché
– obstinément –
J’ai erré dans des villes éclairées par la nuit.
J’ai marché le long de la mer.
Je me suis baignée dans le soleil couchant,
Pour me réveiller dans son levant.
Et puis, je suis rentrée chez nous,
– sans toi –
Le temps avait passé.
Mais les saisons demeuraient intactes.
Le printemps avait toujours la couleur de l’éclosion.
L’été séchait toujours les larmes.
L’automne déshabillait toujours la nature.
L’hiver ressemblait toujours à un désert.
J’ai alors fini par admettre que tu ne reviendrais plus.
Tu étais désormais de l’autre côté de l’horizon,
De là où on ne revient jamais…