Voyage…

Course des nuages

Les nuages en superposition naviguent en rang serré.
Ils évoluent avec lenteur.
Envie de leur douceur ouatée comme oreiller,
Pour embellir les rêves.

Entre blancs et gris les nuages voilent le ciel par intermittence.
Peut-être te rejoignent-ils ?
Ils s’accrochent aux avions.
J’aimerais y déposer un message.

Ciel sans nuage, bleu limpide, infini.
Accrocher le regard.
Embarquer cette couleur-là et la déposer sur les toits du monde.
Pour voir la mer à perte de vue.

Terminus du train, tout le monde descend !
Un dernier clin d’œil à mes compagnons de voyage.
Je sais que d’autres que moi leur livreront leurs secrets…

Caprice de mots…

Viaduc des Arts1Les mots lui échappaient. Elle avait beau les chercher partout, elle ne les trouvait pas.
Ils étaient devenus fades, transparents, plats…
Elle n’arrivait plus à les enrober et finissait par avoir peur d’eux.
Pourquoi lui jouaient-ils ce mauvais tour alors que sa vie durant ils s’étaient accrochés à elle comme un amoureux éperdu.
Elle referma ses cahiers, posa ses stylos.
Elle comprit alors qu’elle devait se détourner d’eux, leur faire croire qu’elle n’en voulait plus ; ainsi ils la rattraperaient peut-être…
Elle le souhaitait très fort, car elle, sans eux, était aphone de sa vie.
Elle ouvrit un dictionnaire et les contempla un à un, mais ils restaient muets.
Ils ne vivaient plus, demeuraient à la place qu’on leur avait attribuée.
Elle se sentait de plus en plus mal.
Pourquoi ne la transperçaient-ils plus, pourquoi ne la réveillaient-ils plus la nuit, pourquoi ne l’embêtaient-ils plus la journée ?
Alors elle les abandonna et partit…
Longtemps elle marcha, sur des routes, des sentiers, des chemins, dans des paysages parfois beaux, parfois laids, parfois quelconques.
Elle traversa les saisons.
Elle pleura beaucoup, sourit souvent, éclata de rire parfois…
Elle se laissa aller, vida sa tête, s’abreuva de sensations.
Et un jour elle osa reprendre un stylo… Sa main frémit, son bras, son corps, ses sens ; et là elle sut qu’ils lui accordaient à nouveau leur confiance.
Elle les remercia et se pencha sur la feuille blanche.

L’instant

Contraste 1

Garder l’instant,
le retenir le plus possible.
L’empêcher de se sauver.
Le savourer, seconde après seconde.
L’étirer pour le prolonger encore un peu.
Fermer les yeux pour le transformer en parfum.
Entre vision et odeur, créer un souvenir.
Bientôt il s’échappera malgré mes efforts pour l’emprisonner.
Et j’ai beau recourir à des stratagèmes, il se dissout peu à peu.
Même mes larmes ne le retiennent pas.
Il était l’instant et se conjugue déjà au passé.
Je me retourne et lui souris.
Finalement j’ai su le cueillir au bon moment,
et maintenant, il est en moi,
pour toujours…